Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a fait la distinction entre les manifestants dont les revendications liées au coût de la vie sont « justes » et les émeutiers qui ont profité des manifestations pour attaquer les bâtiments publics et s’insurger contre le pouvoir.

Les revendications économiques des manifestants en Iran sont « justes » mais les « émeutiers » devaient être « remis à leur place », a-t-il déclaré ce samedi lors de la commémoration du martyre du général Qassem Soleimani et de la naissance du prince des croyants l’imam Ali.
« Les autorités du pays le reconnaissent, le président et d’autres responsables de haut rang s’efforcent de résoudre ce problème », a-t-il déclaré. « C’est pourquoi les commerçants ont protesté contre cette situation, et c’est tout à fait juste », a ajouté sayed Khamenei.
« Nous dialoguons avec les manifestants (…) mais il est inutile de dialoguer avec les émeutiers. Ces derniers doivent être remis à leur place », a toutefois affirmé le guide suprême.
« Je sais que le président et les autres hauts responsables du pays travaillent d’arrache-pied pour résoudre ce problème. C’est un problème, et l’ennemi y est également impliqué. La hausse injustifiée des taux de change, leur instabilité et leurs fluctuations ne sont pas normales ; elles sont l’œuvre de l’ennemi », a-t-il accusé.
Et de poursuivre : « Les marchés ont protesté, et leur protestation est légitime. Mais le plus grave est que des agitateurs et des agents ennemis se cachent derrière ces marchés, scandant des slogans hostiles à l’islam, à l’Iran et à la République islamique ; c’est dangereux. Il est absolument inacceptable que certains individus, sous divers noms et titres, dans l’intention de détruire et de nuire au pays, manipulent des commerçants sincères et révolutionnaires et exploitent leurs protestations pour inciter à la sédition. Nous devons être vigilants face aux agissements de l’ennemi ; il ne reste pas les bras croisés et exploite la moindre occasion. Il a vu une opportunité ici et a voulu en tirer profit.
Et l’imam Khamenei d’affirmer : « Il est important de rester ferme et résolu lorsque l’on sent que l’ennemi cherche à imposer quelque chose au pays, aux responsables, au gouvernement et au peuple. Nous ne reculerons pas face à l’ennemi.
La guerre douce pour affaiblir le peuple

Le Guide suprême de la Révolution islamique a décrit la propagation de rumeurs, le recours au mensonge, à la tromperie et à la manipulation – ce que l’on appelle aujourd’hui la « guerre douce » – comme « la stratégie des ennemis visant à affaiblir la détermination de la société et à semer le doute en son sein ». « Lorsque le peuple est affaibli, il devient impossible d’atteindre ses objectifs car, selon les législations religieuses, l’action revient au peuple et par son intermédiaire »
Selon lui, l’objectif de l’ennemi dans cette guerre douce est d’affaiblir et de démoraliser le peuple et de semer le doute au sein de la nation. « De même qu’ils cherchaient à instiller le pessimisme dans le cœur du peuple en propageant rumeurs et mensonges à l’époque du Commandeur des Croyants (que la paix soit sur lui), ils emploient aujourd’hui exactement les mêmes méthodes. Le peuple iranien a prouvé que, même dans les circonstances les plus difficiles, il reste fort et déjoue l’ennemi. »
Il a ajouté : « L’un des outils utilisés par l’ennemi et certains individus sans scrupules ou négligents dans cette campagne de guerre d’influence est le déni de la richesse et des capacités de la nation iranienne, car ignorer ces capacités nationales conduirait à l’humiliation et à la capitulation face à l’ennemi. »
Le Guide suprême a cité le lancement de trois satellites dans l’espace en une seule journée et les progrès remarquables accomplis dans divers secteurs scientifiques du pays, notamment l’aérospatiale, la biotechnologie, la médecine, les traitements, les nanotechnologies et les industries de la défense et des missiles, comme exemples des grandes réalisations de la nation et de la jeunesse iranienne. Il a déclaré : « L’ennemi, et malheureusement certains en son sein, dissimulent ces grandes réalisations, accomplies malgré les sanctions, et n’en informent pas le peuple. »
D’après lui, « ce qui a poussé l’ennemi à reclamer un cessez-le-feu puis à envoyer un message disant : « Nous ne voulons pas vous combattre », c’est la force et les capacités de la nation iranienne. Bien entendu, nous ne croyons pas aux paroles de cet ennemi malveillant, trompeur et menteur. »
« Connaitre la nature de l’ennemi »
Le guide de la Révolution estime que « le fait de connaitre la véritable nature de l’ennemi comme un grand accomplissement ». « Le peuple a été témoin de la véritable nature de l’Amérique durant la Guerre des Douze Jours. Même ceux qui pensaient que la solution aux problèmes du pays résidait dans les négociations ont réalisé que le gouvernement américain préparait activement un plan de guerre en parallèle des négociations.»
Il a insisté sur la nécessité de rester vigilant face à la guerre d’influence menée par l’ennemi et à la propagation de doutes et de rumeurs. Évoquant les milliards de dollars dépensés pour diffuser de la désinformation en Iran via les chaînes de télévision et les centres d’information, il a déclaré : « Leur objectif est d’affaiblir le pays et de saper l’unité nationale miraculeuse dont nous avons été témoins durant la Guerre des Douze Jours. Par conséquent, il est primordial de rester vigilants face à l’hostilité de l’ennemi et de préserver notre unité intérieure, comme le dit le Saint Coran : “Ils sont fermes face aux mécréants et compatissants entre eux.” »
Saluant la présence a la rencontre des familles des martyrs de la Guerre des Douze Jours à la réunion, il a dit : « Cette rencontre a été organisée en hommage à tous les martyrs de la Défense sacrée des Douze Jours et à leurs familles, qu’ils aient été commandants, éminents érudits ou autres martyrs. » et d’insister : « Les noms de ces martyrs resteront à jamais gravés dans l’histoire, et nous devons puiser notre bénédiction dans ces noms bénis. »

L’Ayatollah Khamenei n’a toutefois pas répondu aux menaces proférées la veille par le président américain Donald Trump qui a menacé d’intervenir en Iran si des manifestants sont tués.

L’ex-secrétaire d’état américain Mike Pompeo a pour sa part, affirmé que des éléments du Mossad sont impliqués dans les tensions actuelles en Iran.
« Bonne année pour tous les Iraniens qui se trouvent dans les rues et à tous les agents du Mossad qui sont à leur côté », a-t-il tweeté sur X.
Un mouvement de moindre ampleur
Le mouvement, initialement lié au coût de la vie, est parti le 28 décembre de Téhéran, où des commerçants ont fermé boutique pour protester contre l’hyperinflation et le marasme économique. Mais des éléments perturbateurs l’ont exploité pour attaquer les sites publics et étatiques et lancer des revendications politiques.
Au moins huit personnes ont été tuées depuis mercredi lors d’affrontements, dont des membres des forces de sécurité, selon un bilan officiel.
L’agence de presse Mehr a rapporté samedi la mort d’un membre des forces de sécurité, tué « à l’arme blanche et par balles » dans l’ouest de l’Iran. « Ali Azizi, membre du Bassidj, est tombé en martyr après avoir été poignardé à l’arme blanche et tué par balles dans la ville de Harsin, lors d’un rassemblement d’émeutiers armés » vendredi, a indiqué Mehr, citant les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique. Les forces du Bassidj sont des milices de volontaires, affiliées aux Gardiens.
7 émeutiers liés à des groupuscules insurgés ont été arrêtés.
Des images ont montré des émeutiers tabasser un vieux monsieur qui avait protesté contre leurs agissements.
Selon l’AFP, la contestation a touché, à des degrés divers, au moins 25 villes différentes, essentiellement de taille moyenne, situées dans l’ouest et le sud-ouest de l’Iran où des dégradations et des affrontements ont été rapportés.
A Darehshahr, dans l’ouest de l’Iran, environ 300 personnes ont lancé des cocktails Molotov, bloqué des rues et « exhibé des kalachnikovs » vendredi, a rapporté l’agence de presse Fars.
Selon l’agence Tasnim, qui cite un responsable local, un homme a par ailleurs été tué vendredi dans la ville sainte de Qom, au sud de Téhéran, par l’explosion « dans ses mains » d’une grenade qu’il comptait utiliser.
A Karaj, en périphérie de Téhéran, « quelques personnes ont brûlé le drapeau iranien en criant +Mort au dictateur!+ et +C’est pas la dernière bataille, Pahlavi revient!+ », a rapporté Fars, ajoutant que ces slogans avaient suscité des « protestations ». La dynastie Pahlavi (1925-1979), pro-occidentale et alliée des Etats-Unis, a été renversée par la Révolution islamique.
Le commandant des forces de garde-frontières de la province du Sistan-et-Baloutchistan, dans le sud-est de l’Iran, a déclaré que le régiment de garde-frontières de la région de Saravan avait affronté jeudi soir une cellule appartenant à un groupe terroriste qui avait l’intention de pénétrer sur le territoire de la République islamique d’Iran.
Selon l’AFP, ces protestations sont toutefois de moindre ampleur que celles qui avaient secoué l’Iran fin 2022 après la mort en détention de Mahsa Amini, une jeune femme arrêtée par la police des mœurs pour avoir enfreint le strict code vestimentaire féminin.
En 2019, des manifestations avaient aussi éclaté après l’annonce d’une envolée du prix de l’essence. La contestation avait alors touché une centaine de villes, notamment Téhéran.
En tout cas, ces agissements n’ont pas empêché les festivités consacrées à la commémoration du martyre du chef de la force al-Qods des Gardiens de la révolution le général Qassem Soleimani, dans le cimetière qui renferme sa tombe dans la ville de Kerman au sud-est du pays. L’actuel chef de la force, le général Ismail Qaani s’est rendu à l’improviste pour se recueillir sur sa tombe.
Source: Divers



