Le député polonais Grzegorz Braun a de nouveau suscité la polémique en dénonçant ce qu’il a qualifié être « l’influence juive » dans son pays.
En réaction à la décision du gouvernement polonais d’adopter sa première stratégie nationale de lutte contre l’antisémitisme et de renforcement de la vie juive pour la période 2025-2030, Grzegorz Braun, député d’extrême droite et chef du parti Confédération de la Couronne polonaise, s’est exprimé le mois de novembre dernier lors d’un discours prononcé devant le musée d’Auschwitz : « les Juifs veulent être des surhommes en Pologne au dépens des autres, en droit d’exiger un statut supérieur ».
Selon lui « la police polonaise leur obéit au doigt et à l’œil ».
Il a ensuite ajouté : « La Pologne appartient aux Polonais. Les autres nations ont leurs propres pays, y compris les Juifs qui ont leur Etat en Palestine. » « Ils disent que les Palestiniens ne sont pas des humains. Pour eux, il n’y a aucune différence entre les enfants palestiniens qui sont noyés dans leur sang dans les rues de Gaza, il n’y a aucune différence entre ces enfants palestiniens et les enfants polonais », a-t-il ajouté.
Il a également comparé le soutien à la vie juive en Pologne à « inviter Hannibal Lecter à s’installer comme voisin ». Hannibal Lecter est un tueur en série de fiction créé par le romancier Thomas Harris. Ce personnage, ancien psychiatre, évadé d’un asile psychiatrique où il était interné pour divers meurtres et actes de cannibalisme a été joué par l’acteur américain Anthony Hopkins pour le cinéma dans un film réalisé par Ridley Scott.
Braun a juré que son parti « anéantira le Conseil international d’Auschwitz » s’il parvient à exercer une influence politique. Sous sa direction, le Conseil perdrait son fondement juridique et son budget, a-t-il menacé.
Il a ensuite affirmé : « La zone du camp de concentration nazi allemand d’Auschwitz-Birkenau est de facto une zone extraterritoriale. Ce n’est plus un territoire polonais. »
Selon les médias, ses remarques ont provoqué une vive condamnation de la part d’organisations de défense des droits humains et d’organisations politiques, tant en Pologne qu’à l’étranger, qui les ont dénoncées comme une incitation à la haine et une atteinte aux valeurs démocratiques. Le gouvernement polonais a réaffirmé son engagement à lutter contre les discours de haine, tandis que les instances internationales ont demandé des poursuites judiciaires contre le député afin d’éviter toute récidive.
Pas de place pour le Talmud
Le mois de juillet dernier, Grzegorz Braun avait déclaré au cours d’une interview que le camp de la mort nazi et ses chambres à gaz étaient « faux ». Il a accusé le musée d’Auschwitz, géré par le gouvernement, de promouvoir un « récit pseudo-historique ».
En décembre 2023, au début de la guerre génocidaire contre la bande de Gaza, il avait été filmé en train de vider un extincteur sur une hanoukka, chandelier à neuf branches symbole du judaïsme, en plein Parlement. « Les actes talmudiques féroces ne peuvent avoir de place au cœur du Parlement de Pologne », avait-il protesté. Le président de ce parlement l’a exclu pour cet acte « de racisme, de xénophobie et d’antisémitisme »
Le député d’extrême-droite n’a pas détaillé la nature de « l’influence juive » dans son pays à l’heure actuelle.
Relations tumultueuses
Les relations entre son pays et Israël ont connu des hauts et des bas à partir de 2018, lorsqu’ une loi avait été votée par le Parlement polonais. Celle-ci pénalise l’acte d’imputer à la nation polonaise des crimes commis contre les Juifs, sur son territoire, durant la seconde guerre mondiale. Elle criminalise aussi l’emploi du terme « camps de la mort polonais » et toute parole publique contredisant le discours officiel selon lequel les Polonais ne furent que des victimes et jamais des bourreaux. Sachant que la Seconde Guerre mondiale a coûté la vie à 6 millions de Polonais, dont 3 millions de non Juifs. « Israël » avait alors accusé la Pologne de vouloir « changer l’histoire ».
En 2019, le président polonais a annulé sa participation au sommet du groupe de Visegrad, censé se dérouler à al-Qods occupée en raison des remarques « racistes » d’Yisrael Katz, chef de la diplomatie israélienne, qui a littéralement accusé les Polonais d’être congénitalement antisémites.
En 2021, les relations ont été empoisonnées par l’amendement d’une loi qui, selon Israël, empêcherait les descendants des victimes de l’Holocauste de défendre leurs droits sur les propriétés de leurs ancêtres en Pologne.
En 2023, au cœur de la guerre génocidaire israélienne contre la bande de Gaza, la mort d’un travailleur humanitaire polonais à Gaza a déclenché une crise diplomatique entre Varsovie et Tel Aviv.
En août 2025, Le président polonais, Karol Nawrocki, a condamné sur X, la “stupidité” des supporters israéliens de football qui ont déployé une banderole traitant les Polonais de “meurtriers depuis 1939”, un incident qui a provoqué l’indignation et un différend diplomatique.
Et puis tout récemment, en décembre 2025, après l’annonce du retrait de l’Espagne, des Pays-Bas, de la Slovénie et de l’Irlande de l’Eurovision pour boycotter la participation d’Israël, des appels ont été lancés par plusieurs députés polonais pour adopter une position similaire. Marta Cienkowska, la ministre polonaise de la Culture et du Patrimoine national, avait déclaré en octobre que si la participation d’Israël était autorisée, la Pologne ne devrait pas prendre part à l’Eurovision.
Une oligarchie influente
Selon le journal français Le Monde, la communauté juive de Pologne, autrefois la plus importante d’Europe, mais qui a été décimée par la Shoah renaît de nouveau, notamment dans les grandes villes comme Varsovie et Cracovie.
Le média israélien i24 rapporte que le Bureau polonais des statistiques a indiqué en 2023 que 17.000 personnes s’identifient comme « juives » en Pologne tandis que la communauté juive polonaise est estimée à environ 50.000.
Selon ces données, le nombre de Juifs a doublé dans le pays au cours de la dernière décennie, une part de plus en plus grande de la population polonaise se sentant désormais prête à s’identifier juive et à ne pas cacher ses origines.
I24 indique que de nombreux survivants de la Shoah, restés sur place ou revenus en Pologne ont caché leur identité, par peur de l’antisémitisme.
Historiquement, non seulement les juifs de Pologne étaient les plus nombreux en Europe voire dans le monde, mais leur oligarchie et richissimes personnalités exerçaient une grande influence grâce à leurs liens privilégiés avec plusieurs rois et la classe aristocratique qui leur accordaient en échange une importante protection via les lois décrétées.
Source: Divers






