Alors que les autorités de transition syriennes célébraient la visite historique du président intérimaire Ahmad Charaa aux États-Unis – le premier président syrien à fouler le sol américain –, l’administration américaine a reçu son hôte syrien sans aucun protocole.
Charaa n’a pas eu accès à l’entrée principale, mais est entré à la Maison Blanche via une entrée latérale pour une réunion à huis clos avec le président américain Donald Trump. Il convient de noter que même le drapeau syrien y était absent.
À l’heure actuelle, aucun détail significatif n’a filtré concernant cette rencontre.
Si la Maison Blanche a publié un bref communiqué annonçant la rencontre de Trump avec Charaa, sans fournir davantage de précisions, le département du Trésor américain a réaffirmé que Washington avait suspendu toutes les sanctions imposées à la Syrie, faisant référence à la levée des sanctions présidentielles et à la suspension des sanctions législatives (loi César).
Plus tard, la présidence syrienne, dans un communiqué laconique diffusé par l’agence de presse syrienne SANA, a indiqué que Charaa et Trump s’étaient entretenus en présence du ministre des Affaires étrangères, Assaad al-Shaibani, et du secrétaire d’État américain, Marco Rubio, afin de discuter des relations bilatérales et des moyens de les renforcer et de les développer, ainsi que de plusieurs questions régionales et internationales d’intérêt commun.
Cette visite, précédée d’importantes dispositions américaines, notamment le retrait de Charaa et de son ministre de l’Intérieur, Anas Khattab, de la liste des personnes terroristes du Conseil de sécurité de l’ONU, devrait permettre aux autorités de transition syriennes de rejoindre la coalition internationale contre Daech.
Elle devrait également ouvrir un nouveau cycle de pourparlers syro-israéliens – le quatrième annoncé publiquement, mais le septième dans les faits – dans un contexte d’optimisme exprimé par l’envoyé spécial américain pour la Syrie, Thomas Barrack, quant à la possibilité de signer un accord entre Damas et Tel-Aviv avant la fin de l’année, ce qui pourrait mener à une normalisation des relations, selon ses propres termes.
Les Etats-Unis, eux, prévoient d’établir une base militaire près de Damas, « pour observer les développements entre la Syrie et Israël », selon une source diplomatique en Syrie.
Charaa a donc entamé sa visite aux Etats-Unis par des rencontres avec la communauté syrienne et plusieurs experts et journalistes avant de se rendre à la Maison Blanche hier soir, accompagné d’Al-Shaibani, pour une réunion à huis clos avec Trump et Rubio.
Cet entretien qualifié d’historique en raison de son lieu et du statut de Charaa comme terroriste recherché (il y a à peine un an), était la troisième entre Charaa et Trump, après deux brèves entrevues à Riyad (sous l’égide de l’Arabie saoudite) et à New York en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies.
La rencontre de lundi était donc leur premier entretien direct. Cependant, elle fut brève et ne fut suivie d’aucune conférence de presse ni de déclaration explicative.
Parallèlement, les autorités de transition syriennes ont tenté de préparer le terrain politique et médiatique à la visite en annonçant une campagne contre les cellules de Daech dans plusieurs gouvernorats, dont Alep, Idleb et la campagne de Damas, et en confirmant l’arrestation de 71 suspects.
Al-Shaibani a également diffusé une vidéo montrant Charaa jouant au basket-ball au palais présidentiel de Damas, en compagnie du commandant du Commandement central américain, le général Brad Cooper, et du commandant de la Force opérationnelle interarmées combinée, le général de brigade Kevin Lambert.
Ce geste symbolisait le renforcement des liens entre le président de transition et les officiers militaires américains, et constituait également un message direct aux Forces démocratiques syriennes (FDS), principal allié stratégique de Washington en Syrie.
Cependant, le silence qui a suivi cette rencontre soulève de nombreuses questions quant à ses résultats concrets, d’autant plus que les États-Unis n’ont ni annoncé officiellement l’adhésion des autorités de transition à la coalition, ni conclu d’accord avec ‘Israël’ – deux points cruciaux pour l’administration américaine.
Il semble que la situation devra encore évoluer avant d’être clarifiée. Quoi qu’il en soit, la visite de Charaa à Washington représente un événement majeur pour les autorités de transition et pour la place de la Syrie sur la carte des conflits régionaux et internationaux.
Pourtant, cela ne semble pas revêtir la même importance pour Trump, qui a peut-être déjà assuré le contrôle de son pays sur le dossier syrien par l’intermédiaire de son envoyé spécial Thomas Barrack et du rôle qu’il joue, comparable à celui du Haut-Commissaire français durant le mandat britannique.
Tout cela survient alors qu’Israël continue d’étendre ses activités militaires et sécuritaires dans le sud de la Syrie, dont il exerce de facto le contrôle, directement ou indirectement.






